La nourrice.—Pourquoi? Est-ce qu'ils étaient chassieux!
La commère.—Ma foi oui, madonna; outre cela, un goître abominable lui produisait un apostume à la gorge, et l'on prétendait que Cupidon y avait amassé toute la rouille des flèches qu'il donnait à fourbir à je ne sais quel forgeron, son beau-père. Ses tétons ressemblaient à ces civières dans lesquelles l'Amour dépêche à l'hôpital les gens qui tombent malades à son service.
La nourrice.—Ne m'en dis pas plus long.
La commère.—J'en ai dit assez; mais je veux te conter que le moine, habillé en capitaine de gens d'armes, arriva chez moi à l'heure que je lui avais assignée et, comme il en avait encore trois à attendre, se mit à lire un livre que je gardais pour passer le temps; il ne l'eut pas plus tôt ouvert, qu'il lut à haute voix certaine pièce tournée de la sorte:
Madonna, à parler vrai,
Si je vous le fais, puissé-je mourir;
Car je sais que vous le savez,
Sur votre motte
Souvent Amour joute avec les morpions;
Puis vous avez l'anus si large
Que toute notre époque y entrerait;
Et toi, Amour, crois-moi sans que j'en jure,
Elle pue également de la bouche et des pieds.
Voilà pourquoi, à parler vrai,
Si je vous le fais, puissé-je mourir!
Après avoir lu cela, il se mit à rire à crève-panse et, croyant que je riais de le voir rire, redouble ses ah! ah! sans se douter que la commère se décrochait la mâchoire de ce que le morceau dont il devait tâter était en tout semblable à celui de la canzone.
La nourrice.—Oh! bien.
La commère.—Le moine tourne la page et lit en chantonnant:
Madonna, je veux le dire et que chacun m'entende:
Je vous aime parce que je ne suis pas riche,
Et s'il me fallait acheter
Les façons en quattrino pièce,
A ne pas dire de mensonge,
Je vous verrais moins d'une fois par mois.
Oh! vous pourriez prétendre
Que j'ai dit que le feu
Me consume (en votre honneur) petit à petit;
Je l'ai dit, c'est vrai, mais pour rire,
Et mille fois je mens par la gorge.
Il lut encore toute la suite, que des soucis de plus grande importance m'ont ôtée de la mémoire.