La nourrice.—Les moines aussi se plaisent donc à jouer des basses marches?

La commère.—Oui, ils trouvent du goût à la chose, à quelque sauce qu'on la leur serve.

La nourrice.—Au feu de saint Ban, que l'on éteint à coups de pierres!

La commère.—Moi qui ne pouvais faire faux bond à la paterne paternité du père, du moment qu'il m'ouvrit son cœur, je lui dis: «Soyez-sans crainte; je ferai plus qu'il ne faut, et demain matin je suis à votre disposition.» Je le laisse sur cette parole et je m'en vais, toute songeuse, après l'avoir quitté, me demandant par quel moyen je pourrais lui tirer de l'âme une centaine de ducats dont il me mettait souvent, souvent l'eau à la bouche, rien qu'en vue de me donner des ailes pour le contenter; je n'eus pas à aller pêcher bien loin pour le trouver, ce moyen.

La nourrice.—Peux-tu me dire comment tu l'as pêché?

La commère.—Tu sais bien que oui.

La nourrice.—Dis-le, alors.

La commère.—J'arrêtai mon idée sur une gourgandine qui, de taille et pour la grosseur, les membres dodus, ressemblait (j'entends dans l'obscurité) à la matrone que désirait Sa Révérence; pour ce qui est du reste, le diable ne l'aurait pas flairée. Elle avait apaisé la soif des valets des Espagnols et des Allemands, qui vinrent faire à Rome le beau remue-ménage, et rassasié la faim des assiégés de Florence, sans compter tout ce qu'il y eut jamais de gens à Milan, tant dedans qu'au dehors. Songe maintenant, si elle s'était si bien conduite durant la guerre, quelles prouesses elle dut faire durant la paix dans les écuries et les cuisines et les tavernes! Mais ses charmes suppléaient au peu de fraîcheur de sa virginité: elle avait deux yeux dont, à la barbe de la chanson, qui dit:

Deux vivants soleils...,

on pouvait dire que c'étaient deux mortes lunes.