Il ressort de ces deux sonnets que le comte Hercule aurait épousé Angiola Greca, courtisane d'origine grecque sans doute, et dont il est dit dans le Zoppino: «Angela Greca vint à Rome à l'époque de Léon X; elle avait été dépouillée par certains ruffians, à Lanciano, et pleine de rogne, ils la menèrent au Campo di Fiore dans une taverne; puis elle prit une maisonnette dans le quartier de Calabraga, étant aux mains d'un Espagnol des Alborensis, puis, comme elle était une belle dame fort honnête et ayant de beaux charmes, un camérier de Léon s'en amouracha et la mit en faveur.» Le Zoppino semble donc désigner assez clairement le premier de nos Ercole Rangone, qui fut, en effet, camérier secret de Léon X. Et, dans ce deuxième sonnet, il signor Giovanni s'appliquerait à Jean de Médicis, c'est-à-dire Léon X lui-même, auprès de qui Monseigneur de Rangoni était si en faveur qu'on pouvait bien l'appeler son lieutenant.
Mais alors pourquoi dans les deux sonnets cet appareil guerrier qui s'appliquerait si bien au second Hercule Rangon? Ce personnage semblable à Mars, ce malatestissime soldat (c'est-à-dire sans scrupules comme les Malatesta ou bien pareil à Malatesta de' Medici que l'Arétin cite dans une lettre au marquis de Mantoue, disant qu'il lui envoie quatre peignes d'ébène dont les trois derniers sont très certainement ceux dont Mars se peignait la barbe, et les lui a enlevés de force l'horrible Malatesta de' Medici), ce lâche Hercule Rangon que les valets de soldats auraient honte de garder à leur solde, ne pouvait être qu'un soldat, et en ce cas, il signor Giovanni pourrait bien être Jean des Bandes Noires. En tout cas, le sonnet luxurieux prête au comte Hercule des mœurs contre nature et nous le montre se laissant entièrement dominer par l'Angiola, son épouse. Le sonnet publié par M. Trucchi fait allusion au scandale provoqué par ce mariage auquel la famille des Rangoni se serait opposée. Le comte Ugo était un frère du second Hercule: le militaire Ugo Rangone, qui embrassa l'état ecclésiastique, fut nonce en Allemagne au temps de la diète de Smalcade. Mais on lui retira sa charge de nonce comme incapable de la remplir. Il fut aussi gouverneur de Plaisance et de Parme sous Paul III, gouverneur de Rome, nonce à la cour de Charles-Quint, et mourut à Modène en 1540.
SONNET XIII
Donne-moi ta langue, appuié les pieds au mûr,
Serre les cuisses et liens-moi serré, serré.
Laisse-toi aller à la renverse sur le lit,
Car de rien autre que de faire l'amour je n'ai cure.
—Ah! traître, tu as le cas dur.
Oh! voici qu'au bord du mirely il se morfond.
Un jour je te promets de le prendre de l'autre côté
Et je t'assure qu'il en sortira net.
—Je vous remercie, chère Lorenzina,
Je m'efforcerai de vous servir, et maintenant, allons, poussez,
Poussez, comme fait la Ciabattina.
Je le ferai maintenant, et vous quand le ferez-vous?
—Maintenant! donne-moi toute la languette,
Car je meurs!—Moi aussi, et vous en êtes la cause;
Enfin, achèverez-vous?
—Maintenant, maintenant je le fais, mon Seigneur;
Maintenant j'ai fait—Et moi aussi, oh! Dieu!