Antonia.—On ne peut plus entendre.
Nanna.—Mais prends-y bien garde; je ne t'ai conté des Sœurs que ce que j'en avais vu en peu de jours dans un seul monastère, et, pour les Femmes mariées, qu'une faible partie de ce que j'ai vu ou appris en aussi peu de temps, et dans une seule ville. Songe ce que ce serait de te conter les déportements de toutes les Sœurs de la Chrétienté et ceux des femmes mariées de toutes les villes du monde!
Antonia.—Est-il possible qu'il en soit des bonnes comme de la monnaie: Prudence et Confiance, ainsi que tu le disais?
Nanna.—Oui.
Antonia.—Même des Sœurs qui observent la règle?
Nanna.—Je ne parle pas de celles-là; bien mieux, je te l'affirme, les prières qu'elles disent pour les mauvaises Sœurs sont cause que le Démon n'engloutit pas celles-ci, toutes chaussées et vêtues. Leur virginité est aussi odoriférante qu'est de mauvaise odeur le putanisme des autres. Messire le Bon Dieu est avec elles de jour et de nuit, comme le Diable est avec les autres, qu'elles veillent ou dorment. Malheur à nous! je veux le dire trois fois. En vérité, ces quelques bonnes Sœurs parmi tant de cloîtrées sont si parfaites qu'elles mériteraient que nous leur brûlassions les pieds, comme au bienheureux Tison.
Antonia.—Tu es équitable et parles sans animosité.
Nanna.—Parmi les Femmes mariées aussi il y en a de vertueuses, qui se laisseraient plutôt écorcher comme Saint Barthélemy que de se laisser toucher du doigt.
Antonia.—Voilà qui me plaît bien encore. Si tu considères le besoin dans lequel nous naissons, nous autres pauvres femmes, force est bien que nous en passions par où les autres veulent, et nous ne sommes pas si dépravées qu'on le croit.