Antonia.—Qu'elle la fasse pendant cent bonnes années.
Nanna.—Pour ne pas te traîner en longueur, j'abrégerai le chapitre des femmes mariées. Mais je veux encore t'en conter d'une, qui ayant le plus gentil mari du monde vint à s'éprendre d'un de ces gens qui font de leur individu une boutique, avec leurs marchandises avant, soutenues au cou par une bretelle, et s'en vont en criant: «Les beaux ferrets, les aiguilles, les épingles, les jolis dés, miroirs, peignes, ciseaux!» toujours en marché avec telle ou telle commère, échangeant des huiles, des savons, de fausses muscades contre un morceau de pain, des chiffons, de vieilles savates, pourvu qu'on leur donne quelques sous de retour. Elle s'en assoiffa si violemment que, jetant son honneur sous ses pieds, elle lui donna toute une fortune. Le viédaze, laissant là ses guenilles, s'habilla en paladin et se mit à jouer avec les hauts personnages; en huit jours, on lui donnait du Monseigneur, et il méritait une couronne.
Antonia.—Pourquoi?
Nanna.—Parce qu'il traitait sa trésorière comme on traite une salope, et outre qu'il la caressait souvent avec le bâton, tout ce qu'il lui faisait, il allait le proclamer par les rues.
Antonia.—Fort bien.
Nanna.—Mais ce ne sont que vétilles les histoires que je t'ai contées; les choses stupéfiantes, c'est chez les grandes dames, chez les grands seigneurs qu'elles se passent, et si je ne craignais pas d'être tenue pour une mauvaise langue, je te dirais celle qui s'abandonne à l'intendant, à l'estafier, au valet d'écurie, au maître-queux, au marmiton.
Antonia.—Des socques! des socques!
Nanna.—Suffit; crois-moi si tu veux.
Antonia.—Des socques, te dis-je.
Nanna.—Allons, c'est bien; tu m'as entendue, Antonia.