Antonia.—Pourquoi t'avait-elle mis une robe sans manches?

Nanna.—Pour montrer mes bras blancs comme des pelotes de neige. Elle me fit laver la figure dans une eau à elle, plutôt forte que non, et sans autrement m'embrener de fard, au plus beau moment des allées et venues des Courtisans me fit mettre à la fenêtre. Dès que je me montrai, on aurait dit que l'étoile apparût aux Mages, tant ils furent aises: abandonnant les rênes sur les cous de leurs chevaux, tous se délectaient à me regarder, comme des gueux à un rayon de soleil. Ils levaient la tête et me contemplaient, les yeux fixes, semblables à ces animaux qui viennent du bout du monde et se nourrissent d'air[73].

Antonia.—Des caméléons, tu veux dire?

Nanna.—C'est cela. Ils m'engrossaient de leurs regards, comme de leurs plumes engrossent les nuées ces oiseaux qui ressemblent à des éperviers et qui n'en sont pas.

Antonia.—Des engoulements?

Nanna.—Oui, des engoulements.

Antonia.—Et que faisais-tu pendant qu'ils te reluquaient?

Nanna.—Je feignais la pudeur d'une religieuse, et tout en les fixant avec l'assurance d'une femme mariée, je faisais des gestes de putain.

Antonia.—Fort bien.