Antonia.—Il n'eut que ce qu'il méritait, le maître fou.
Nanna.—Venons à l'histoire des chattes.
Antonia.—De quelles chattes?
Nanna.—Je devais vingt-cinq ducats à un marchand de toile, et, comme je ne nourrissais pas le projet de les lui payer, je pris le chemin de le berner. Que fis-je? J'avais deux très belles chattes; le voyant venir à ma fenêtre pour son argent, je dis à ma servante: «Donne-moi une des chattes et prends l'autre; aussitôt que mon toilier arrivera, je le crierai: Je veux que tu l'étrangles! Tu feras semblant de ne pas vouloir, et moi je ferai comme si j'étranglais celle que je tiens.» A peine ces mots étaient-ils dits, le voici en haut.
Antonia.—Est-ce qu'il n'avait pas d'abord frappé à la porte?
Nanna.—Non, il la trouva ouverte. Dès qu'il paraît, je crie: «Étrangle-la; étrangle-la!» Ma servante, presque les larmes aux yeux, me supplie de lui faire grâce et me promet que jamais plus elle ne mangera le dîner. J'avais l'air d'être furieuse et, empoignant la mienne à la gorge, je lui disais: «Toi, tu ne le feras-plus.» Mon créancier (il l'était à ses dépens), à la vue des chattes fut ému de compassion, il me demanda de les lui donner. «Vraiment, oui!» lui dis-je. «De grâce, Signora, reprit-il, confiez-les-moi pour huit jours; puis je vous aiderai moi-même à les tuer, si vous ne voulez pas m'en faire cadeau ou leur pardonner.» En parlant ainsi, il me prend ma chatte, quoique je fisse un peu de résistance, puis arrache l'autre des mains de la servante, les donne à son commis, qui le suivait par derrière, et lui dit de les porter à la maison, après toutefois que la petite les eut mises dans un sac. «Ayez bien soin, lui dis-je, de me les faire rapporter d'ici huit jours; je veux les massacrer, les voleuses!» Il me le promet et me demande les vingt-cinq ducats; je lui fais le serment d'aller les lui porter sous dix jours, à la boutique, et il s'en va bien content. Dix jours, quinze jours se passent; il revient demander les ducats; je les avais dans un mouchoir, et, en les secouant bien fort, je lui dis: «Très volontiers; mais je veux d'abord revoir mes chattes.»—«Comment! vos chattes? reprit-il; elles se sont sauvées par les toits sitôt lâchées dans la maison.» Quand j'apprends cela (je le savais avant de le savoir), je prends un visage de belle-mère et je lui dis: «Faites en sorte que les chattes se retrouvent, sinon elles vous coûteront plus cher que vingt-cinq de vos teigneux ducats; mes chattes sont promises; mes chattes doivent être emmenées en Barbarie; oui, mes chattes, mon cher monsieur, me seront rapportées ici, oui, elles me seront ici rapportées.» Le pauvre homme, qui, accoudé sur l'appui de la fenêtre et qui, aux cris que je poussais, voyait le monde s'attrouper dans la rue, sans plus rien réclamer dégringola l'escalier (c'était le plus sage), en s'écriant: «Allons! fiez-vous aux putains!»
Antonia.—Nanna, je veux te dire quelque chose qui me passe par la tête.
Nanna.—Dis-le-moi.
Antonia.—La gentillesse de cette piperie aux chattes est si gracieuse que pour l'amour d'elle il t'en sera pardonné quatre de celles qui font encourir l'excommunication.
Nanna.—Crois-tu?