— Ne fais donc pas la bête, mon pauvre Golo. Pardi ! moi je ne t’en veux pas ; si je te dis cela, c’est par rapport à mon homme. Il n’est pas endurant tous les jours, tu le connais bien. Je ne sais pas ce qu’il a, mais les gens d’ici lui ont monté la tête à cause de toi, pour sûr, car voilà maintenant qu’il se figure que nous sommes d’accord ensemble. L’autre jour, il n’y a que ça s’il ne m’a pas battue. Ne te fâche pas, mon Golo, mais il faut bien que je te le dise : que veux-tu qu’il croie ? tu es ici tout le temps !… Rien qu’hier, tu as passé trois fois, et avant-hier, après souper, tu es resté un grand moment à écouter à la fenêtre… Voyons, sois raisonnable : puisque c’est terminé entre nous, laisse-moi donc tranquille, et, si tu as de l’amitié pour moi, ne me fais pas avoir de désagrément. Allons, est-ce convenu ? Fais ça pour me faire plaisir, je t’en prie.

— Ton mari est un rude imbécile, répondait, Golo, voilà ce qu’il est ! Qu’est-ce qui lui prend, à cette espèce de rembelli, de marque-mal ? Ah ! je n’ai pas peur de lui, mais puisque c’est à toi que ça causerait des misères, eh bien, je m’arrangerai, je prendrai un autre chemin pour aller à mes affaires.

— Allons, je te remercie, je vois que tu es toujours un brave garçon… Au revoir, mon Golo !

— Au revoir ?… au revoir dans l’autre monde, alors ?

Il lui envoyait cela en partant, pour plaisanter, l’air très crâne et il s’en allait sans se retourner, cette fois.

Il tint parole pendant huit jours. L’obéissance, d’ailleurs, lui plaisait : il y avait eu une entente avec Cendrine, un accord qu’ils étaient seuls à connaître et dont le mystère lui semblait créer entre eux comme une intimité nouvelle. Toutefois, en y réfléchissant, des soupçons lui vinrent : qui sait si son ancienne ne s’était pas moquée de lui, si elle n’avait pas comploté avec son mari pour se débarrasser de sa présence, en faisant appel à ses bons sentiments ?… Plus de doute, à cette heure, ils se moquaient de lui tous les deux. Ah ! c’était comme ça ? Eh bien, ils ne s’en moqueraient pas longtemps ! — Et Golo recommença à rôder autour de la maison, ouvertement, se montrant à toute heure, en plein jour.

Arrivé au droit du clos, il ralentissait le pas, la tête haute, les yeux insolemment plantés sur les allées du jardin, sur les fenêtres. Il cherchait Cendrine, mais ce fut le charron qui s’offrit.

Un jour qu’Albert emplissait un seau à la pompe, il aperçut le galant. Tout de suite, il lâcha le balancier, descendit rapidement le tertre de la cour et se campa devant Golo. Blême, les dents serrées, le front grimaçant, il apostropha son rival :

— Te voilà donc encore, toi ! Combien de fois as-tu passé depuis ce matin ? Si tu crois que j’ai les yeux dans ma poche, tu te trompes. Tu commences à m’embêter, tu sais !

— Eh bien, après ? est-ce que ça te regarde ?… Qu’est-ce qui lui arrive, à cet artiste-là ? Est-ce que je te parle, moi ?… Je t’embête ? tant mieux !