—Comment! comment! exclama le vieillard, mais son frère... ce drôle... Ah! si je le trouvais avec Mignonne...
Et l’oncle Joseph se prit à courir plus fort.
—Mon oncle, répétait Gaston, qui avait peine à le suivre, vous êtes fou.
—Il la suit et l’épie partout... on me l’a dit... continua l’oncle Joseph avec une fureur croissante.
Gaston tremblait, tant il redoutait que l’oncle Joseph ne surprît les deux jeunes gens; mais, désormais, il était impuissant à prévenir une catastrophe, et tout ce qu’il pouvait faire était de suivre le vieillard, qui galopait, à travers les broussailles, dans la direction de la Châtaigneraie.
La nuit était obscure, Gaston bronchait à chaque instant, et de temps à autre l’oncle Joseph, dont le pied montagnard était sûr, prenait sur lui une avance de quelques pas.
En vain Gaston prêtait-il l’oreille, écoutant avec anxiété si dans le silence de la nuit il ne finirait point par distinguer le pas léger de Mignonne; aucun son n’arrivait à son oreille, si ce n’est celui de la course précipitée de l’oncle.
Tout à coup, celui-ci s’arrêta derrière une haie; il venait d’apercevoir dans une prairie voisine une ombre plus noire que les ténèbres assise au pied d’un arbre, et, à dix pas, une autre ombre qui s’enfuyait; car, sans doute, elle avait entendu le bruit de sa course.
L’oncle Joseph hésita une seconde, et puis tout à coup il lui sembla que l’ombre immobile sanglotait, et alors il n’hésita plus et il épaula pour ajuster l’ombre qui fuyait.
Faisons un pas en arrière.