—Mon Dieu! soupira le pauvre jeune homme, en aurai-je la force?

Ce fut alors que dans le sentier qui venait de la Châtaigneraie retentirent des pas précipités.

—Mes oncles! s’écria Mignonne, ils me cherchent... fuyez, Albert!

—A demain, répondit-il, demain à neuf heures... ici... il le faut!

Et il se prit à courir.

En ce moment, l’oncle Joseph arrivait à la haie qui le séparait de la prairie, et voyant fuir Albert, il épaula avec cette sûreté de coup d’œil et de sang-froid du moment extrême qui n’abandonnent jamais un vieux chasseur.

Gaston avait eu grand’peine à suivre M. le baron de Vieux-Loup, qui courait avec une vélocité toute juvénile, et celui-ci, arrivé avant lui à la haie, après avoir assuré son pied et repris son aplomb, suivait, le fusil à l’épaule et l’œil incliné sur le point de mire, la course d’Albert.

Déjà l’oncle Joseph avait le doigt sur la détente, et il allait la presser avec une sage lenteur, lorsqu’une main de fer l’étreignit et lui arracha l’instrument de mort.

Il se retourna pétrifié, et se trouva face à face avec Gaston, qui l’avait enfin rejoint.

—Silence! lui dit ce dernier à voix basse, pas un mot, pas un cri... ne bougez pas...