—Et bien vous ferez, mon cher oncle; cependant, il me paraît plus convenable que ce soit moi qui me charge de cette petite exécution.
—C’est assez juste cela, monsieur mon neveu, répondit l’oncle Joseph, qui se souvenait toujours, bien malgré lui, que Dragonne chargeait parfois son fusil avec du sel.
—Soyez tranquille. Maintenant, il y a un Vieux-Loup jeune et fort à la Châtaigneraie. Patience! les Lancy ne sont point encore au bout de leur misère, mon oncle.
—Vive Dieu! monsieur mon neveu, vous parlez bien.
—Je l’espère, mon oncle.
—Vous parlez, morbleu! comme un Vieux-Loup du bon temps jadis. Mais en attendant que les oreilles de maître Albert divorcent avec sa tête, rentrons, s’il vous plaît, et laissez-moi embrasser cette petite sotte de Mignonne que j’aime tant.
Gaston et le baron pénétrèrent dans la cuisine où le bon Antoine, installé dans le grand fauteuil, tenait sur ses genoux Mignonne, qu’il couvrait de caresses et grondait doucement.
—Petite sotte, disait M. le chevalier de Vieux-Loup, qui s’en va courir au clair de lune et s’exposer à se casser le cou vingt fois au lieu de rester tranquillement au coin du feu à écouter les belles histoires de son petit oncle, qui est un savant comme on n’en voit plus.
—Dites plutôt, monsieur mon cadet, répliqua sèchement l’oncle Joseph en entrant, dites plutôt que ce sont vos contes à dormir debout, et qui endorment bien réellement, qui font fuir cette petite pécore qui fait tourner la tête de son vieil oncle...
Et M. le baron de Vieux-Loup éprouva un accès de jalousie en voyant sa nièce sur les genoux du chevalier, son cadet, et il la prit dans ses bras et la lui enleva, lui mettant deux gros baisers sur les joues.