—Venez donc, dit-il à son tour, venez donc que je vous gronde, mam’zelle... et peut-être même vais-je vous mettre en pénitence comme une petite fille...

L’excellent homme pleurait de joie en exprimant cette menace.

—Braves gens! murmura Gaston, quels cœurs! il faudra pourtant que je les amène à aimer Dragonne presque autant que Mignonne...

Le lendemain, vers deux heures, Gaston fit demander à mademoiselle de Lancy si elle voulait le recevoir.

Dragonne était levée, mais elle n’avait point quitté son appartement.

Au moment où Gaston entra, elle était enveloppée dans cette robe de chambre cerise qui allait si bien à la blancheur de son cou et de ses mains. Ses cheveux étaient dénoués, son bras blessé caché sous sa robe.

Dragonne était pâle encore, mais sa pâleur n’avait rien de fiévreux; elle avait longuement dormi le matin, son bras ne lui occasionnait plus que des intermittences de douleur sourde qu’elle réprimait aussitôt par un sourire.

Elle avait voulu être seule et s’était placée au coin de la cheminée où flambait un grand feu, tout près de la fenêtre ouverte, par où montaient un souffle de brise et les tièdes parfums de l’automne.

De cette fenêtre, l’œil embrassait le côté sud de la vallée, c’est-à-dire la partie la plus pittoresque, les prairies longeant la rivière, les rideaux de saules encadrant les prairies, les petits villages aux toits de chaume et aux rustiques clochetons, et les grands bois de châtaigniers, et les tours grises en ruine penchées sur le vallon d’un air soucieux et triste, ainsi qu’il convient à la vieillesse autour de qui s’agitent et bouillonnent la joie, le mouvement, la séve printanière de la vie.

Ce jour-là le temps était magnifique. Les cimes des montagnes se dessinaient nettement sur le bleu du ciel, les arbres du parc conservaient encore une partie de leur feuillage, le vent était doux, rempli de senteurs mourantes et de vagues harmonies; le soleil tiède et brillant se jouait sur les tentures de la chambre après avoir réfléchi ses rayons sur les ardoises polies d’une tour convertie en colombier; les champs étaient silencieux, les tilleuls du parc, au contraire, remplis de murmures et du gazouillement de mille oiseaux qui venaient des grands bois le matin et s’ébattaient parfois sur le potager, où ils causaient grand dommage.