Cette belle journée, ces odeurs pénétrantes, ces concerts indécis s’emparaient des sens et de l’âme de Dragonne qui, l’œil noyé dans ce panorama charmant qu’on découvrait de sa fenêtre, rêvait et songeait comme songent et rêvent les femmes à l’heure où bruit doucement au plus profond de leur cœur ce refrain vague qui n’est parfois qu’un murmure, cette note tremblante et perlée qui est la première de ce chant jusque-là inconnu, ignoré, et qu’on nomme l’amour.

On eût eu peine à retrouver Dragonne la chasseresse et la pétulante jeune fille dont les valets de la Châtaigneraie éprouvaient si grand effroi, dans cette femme mélancolique qui feuilletait distraitement un livre qu’elle ne lisait pas, et qui tournait, sans le savoir, le premier feuillet du livre de son cœur.

Elle était couchée à demi sur une chaise longue, balançant avec insouciance sa mule de satin bleu au bout de son joli pied, et faisant une mantille à ses épaules de ses longs cheveux noirs capricieusement déroulés.

Ainsi posée, Diane de Lancy était belle à désespérer. Ce fut en ce moment que Gaston de Vieux-Loup entra. Diane leva à demi les yeux sur lui, rougit un peu et lui tendit la main:

—Mon Dieu! dit-elle, vous avez donc chassé ce matin?

—Non, mademoiselle.

—Vous venez bien tard... Savez-vous qu’il est deux heures?

—Je le sais.

—Je vous avais bien prié, cependant, de venir de bonne heure, monsieur; mais qu’est la prière d’une chasseresse blessée pour un veneur alerte et dispos?

—Quel vilain reproche, et comme il est injuste! répondit Gaston. Je me suis présenté ce matin à neuf heures.