V

Gaston était si ému, si tremblant, que Dragonne frappa deux fois à la porte avant qu’il eût pu se décider à aller lui ouvrir.

Il le fit enfin, et il comprit si bien au visage fébrile de Dragonne qu’un événement extraordinaire allait se passer entre eux, qu’il ne lui adressa point une parole, qu’il ne poussa pas un seul cri en se trouvant face à face avec elle.

Dragonne entra également sans mot dire; cependant, Gaston s’aperçut qu’elle déposait quelque chose de long, d’un peu lourd et soigneusement enveloppé, sur un escabeau placé dans le corridor, à l’entrée de la pièce du rez-de-chaussée, convertie par elle et le jardinier en salon.

Et Gaston n’osa point lui demander quel était le mystérieux objet.

Dragonne poussa la porte du salon devant elle et y entra. Gaston était descendu de sa chambre si précipitamment, qu’il n’avait point emporté sa bougie; le salon était donc noyé en une demi-obscurité que les pâles rayons de la nouvelle lune ne parvenaient pas à percer. Cependant, mademoiselle de Lancy ne fit aucune objection, ne demanda point de lumière, et elle alla s’asseoir sur le canapé de jonc tressé qui décorait cette pièce.

Gaston se tint immobile et muet devant elle, attendant qu’elle ouvrît la bouche; elle ne parut point s’en apercevoir et se prit, au contraire, à méditer.

—Monsieur Gaston, dit-elle enfin d’une voix calme, avant de me demander le but et la cause de ma présence chez vous à une heure de la nuit aussi avancée, permettez-moi de vous faire une question.

L’accent de Dragonne était froid, sans colère; il était plus terrible ainsi que s’il eût enfermé la moindre nuance d’irritation.

—Mademoiselle... balbutia Gaston, dont le cœur continuait à battre avec violence.