Et puis le rêve s’en allait sous la froide haleine de la réalité, et Gaston sentait son courage faiblir, le cœur lui manquer, ses yeux s’emplir de larmes.

—Non, non, se dit-il enfin, tout cela est impossible; c’était un rêve, un rêve de bonheur comme nul n’en fit jamais, un rêve qui doit se briser et que je briserai moi-même. Je vais partir, fuir le Morvan, retourner à Paris. Là, j’écrirai à Dragonne, je lui avouerai tout, et ensuite... Ensuite, reprit-il, qu’est la vie sans amour?... J’en finirai avec elle; c’est là mon dernier refuge contre un éternel désespoir.

Mais comme il achevait de prendre cette résolution, non moins insensée que les deux autres, un bruit extérieur le fit tressaillir et absorba soudain toute son attention.

Des pas légers, mais saccadés criaient sur le sable du sentier qui conduisait à la porte du sud du pavillon.

Un battement de cœur terrible s’empara de Gaston; il s’approcha en tremblant de la croisée et regarda.

C’était Dragonne!...

Dragonne, qui marchait rapidement, mais sans précipitation, vêtue de ses habits d’homme et enveloppée dans son manteau.

Gaston sentit son sang se figer dans ses veines, une sueur glacée perla soudain à ses tempes, et cette femme qu’il aimait avec passion, devant laquelle tout à l’heure il frissonnait de mystérieuse volupté, lui fit peur.

Pourquoi mademoiselle de Lancy, qu’il avait laissée chez elle à huit heures du soir souffrante et prise de fièvre, arrivait-elle chez lui à neuf, de ce pas rapide et inégal qui décelait l’agitation?

Quel malheur était-il donc arrivé à la Fauconnière?