Cependant, lorsqu’il fut chez lui, quand un peu de calme fut revenu et que, sa bougie allumée, sa table de nuit roulée près de lui avec le livre qui l’aidait à s’endormir, il se prit à réfléchir à sa situation, il trembla.

Il se mit à frissonner et à trembler en songeant que l’heure allait sonner où la vérité se ferait jour, et cette clarté prochaine l’épouvantait.

Car ni la maladie, ni l’amour, n’avaient pu apaiser chez Dragonne cette haine violente qu’elle ressentait pour le nom de Vieux-Loup; car pendant ses nuits d’insomnie et de délire, à ce seul nom elle tressaillait, et son regard lançait des flammes.

Car enfin Gaston ne se répétait plus avec cette assurance insoucieuse de l’homme qui ne doute de rien:

—Bah! il suffit d’un peu d’amour pour réconcilier les Montaigus et les Capulets.

Comment avouer à Diane son vrai nom?

Comment se jeter à genoux et lui dire: L’homme que vous aimez et qui vous aime avec délire est le fils du meurtrier de l’un des vôtres?...

Comment enfin oser lever la tête si Dragonne indignée s’écriait: Avez-vous donc pu, sans rougir et mourir de honte, vous asseoir chaque jour à la table de la famille que la vôtre a poursuivie de sa haine à travers les siècles? et lorsqu’un ruisseau de sang coule entre nos deux manoirs, avez-vous bien pu songer à réunir nos deux races en une seule?

Ces réflexions subites changèrent l’ivresse de Gaston en une morne stupeur, puis à la stupeur succéda un désespoir fiévreux.

Il arrêta vingt plans, il en détruisit vingt; sa raison repoussait tour à tour les expédients que proposait son imagination; tour à tour l’imagination reprenait sur la raison un despotique empire, et alors il restait dans le domaine du rêve, et se voyait enlaçant de ses deux bras la taille de guêpe de Dragonne et lui prodiguait les noms les plus doux.