Gaston allait se précipiter aux genoux de mademoiselle de Lancy, dont la main tremblait dans la sienne, lorsqu’un bruit léger se fit dans l’antichambre, et la marquise entra peu après.
Elle ne remarqua point le trouble des deux jeunes gens et ne s’occupa que de l’état de sa fille.
Le reste de la journée s’écoula sans que Dragonne et Gaston pussent se trouver seuls, mais il sembla à celui-ci que la marquise et son mari étaient plus affectueux que jamais et qu’on le traitait comme si déjà il eût fait partie intégrante de la famille.
On dîna de bonne heure à la Fauconnière. Après le repas, Dragonne rentra chez elle, appuyée sur le bras de Gaston. En la quittant, sur le seuil même de sa chambre, il lui dit d’une voix émue:
—Dois-je me souvenir de la parole de l’Évangile que vous me citiez ce matin?
—Oui, répondit-elle en lui pressant doucement la main.
Et comme si elle eût été honteuse de cet aveu, elle entra brusquement chez elle et s’enferma.
Gaston retourna au salon joindre M. de Lancy, qui entama avec lui une longue discussion héraldique.
M. de Vieux-Loup rentra de bonne heure au pavillon. Il était ivre de bonheur. Aucun aveu formel n’avait glissé sur les lèvres de Dragonne; mais son regard, son geste, l’altération de sa voix, tout en elle lui avait dit qu’il était aimé, encouragé, et qu’il ne tenait plus qu’à lui d’être avant un mois l’heureux époux de mademoiselle de Lancy. Pendant la route de la Fauconnière au pavillon, Gaston avait étreint son cœur avec ses mains pour l’empêcher d’éclater, et il se répétait avec une joie qui tenait du délire:
—Elle m’aime! elle m’aime!...