Elle retira sa main sans affectation et répondit:
—Veuillez observer, monsieur Gaston, que nous sommes seuls, à dix heures du soir, loin de toute habitation et chez vous. Cet isolement vous fait une loi de me traiter avec des égards et un respect qui seraient presque ridicules en toute autre circonstance. Soyez donc assez aimable, au lieu de vous asseoir près de moi et de prendre ma main, pour vous placer dans ce fauteuil qui me fait face.
Dragonne s’exprimait toujours avec un calme parfait, qui imposait à Gaston et le dominait bien plus impérieusement que n’eussent pu le faire des paroles irritées et une attitude hostile.
—Vous me disiez donc, reprit Dragonne, que vous habitez rue du Helder et que vous aviez une maîtresse du nom d’Azurine?
—Oui, fit Gaston d’un signe de tête.
—Vous avez également un ami nommé M. d’Eparny?
—C’est vrai.
—Et qui vous conseillait fort, dernièrement, d’acheter, pour la bagatelle de cinq mille francs, la jument du comte Persony, Blidah, une pouliche bai-brun, trois ans, par Fulgurant et Némosine, pour parler le langage du sport?
—Mon Dieu! se dit Gaston, redevenant inquiet, où donc veut-elle en venir?
Et son calme s’évanouit encore une fois.