Albert sortait chaque soir après dîner, vers huit heures; tantôt il gagnait la forêt, le plus souvent il se dirigeait vers la plaine. C’était alors qu’il rencontrait Mignonne. Il rentrait souvent bien avant dans la nuit, mais nul n’y prenait garde, et, à dix heures, lorsque Dragonne, après avoir tendu son front à ses parents, regagnait sa chambre, le marquis et la marquise rentraient chez eux à leur tour.
Ce soir-là le marquis s’était assoupi dans sa bergère, et la marquise travaillait à un ouvrage de tapisserie au moment où onze heures et demie sonnaient, lorsque la porte s’ouvrit et Dragonne entra.
Elle était fort pâle, cependant elle était calme et dissimulait parfaitement sa souffrance morale.
Au bruit qu’elle fit en entrant, le marquis s’éveilla et leva la tête:
—Ah! c’est toi, Dragonne, dit-il, tu rentres bien tard.
—Mais non, mon père.
Le marquis étendit le doigt vers la pendule.
—Onze heures et demie, dit-il. Tu as tort, mon enfant, de t’exposer ainsi à l’air de la nuit, avec ta blessure.
—Il fait un temps superbe, pas un brin de vent et un air tiède.
—Souffres-tu de ton bras?