—Non.

—Chère Dragonne! murmura la marquise; quelle affreuse imprudence tu as commise! Ah! jure-nous encore que tu ne recommenceras plus.

—Oh! non, répondit Dragonne avec une émotion subite que ses parents mirent sur le compte de cette terreur qui naît du souvenir d’un danger.

—Ce M. Gaston de Launay est un brave et digne garçon, fit le marquis. J’ai rarement vu chez un jeune homme de vingt-cinq ans autant de sagesse et de maturité réunies à une froide bravoure. Il a beaucoup d’esprit, il cause sensément, il voit juste en toute chose, surtout en politique.

Ce panégyrique de Gaston faisait à Dragonne un mal affreux; c’était l’éloge complaisamment délayé d’un mort aimé fait à ceux qui le pleurent: Gaston était mort pour Dragonne!

—Dis-moi, mon enfant, reprit le marquis en regardant sa fille avec ce malicieux et bon sourire des vieillards qui essayent de pénétrer les désirs de la jeunesse, irons-nous à Paris le mois prochain?

—A Paris! fit Dragonne rêveuse; pourquoi?

—Comment, pourquoi? mais tu avais si grande hâte d’être au mois de novembre, naguère... Tu nous as parlé tout l’été des bals et des concerts de l’hiver; tu prétendais même que l’automne était interminable et bien monotone.

—Ah! fit Dragonne avec rêverie.

—Tu comprends cependant, ma chère belle, continua le marquis, tu comprends qu’à présent nous avons besoin de passer au moins nos hivers à Paris.