Dès lors, l’oncle Antoine se sentit en péril et appela au secours, mais nul ne l’entendit; puis, pour comble de malheur, le coup de fusil d’un braconnier acheva d’épouvanter la pouliche qui, par un bond précipité, brisa à moitié les sangles de la selle, et le vieux cavalier, perdant l’aplomb, se trouva sous le ventre de sa monture, le pied engagé dans l’étrier, une jambe pendante, et se cramponnant avec terreur au chanfrein, pour n’être point broyé par les cailloux.
Mais il était lourd, l’excellent chevalier de Vieux-Loup, son volumineux abdomen avait un poids énorme, le chanfrein commençait à céder, et le pauvre homme affolé, et voyant arriver le moment fatal où son dernier point d’appui se briserait et où il serait traîné par le pied sur la route de plus en plus pierreuse, se prit à pousser des cris lamentables.
Tout à coup, le chanfrein cassa; mais en ce moment aussi, la bête s’arrêta court; une main de fer lui avait, dans l’ombre, étreint les naseaux, et le digne gentilhomme, parvenant à se dégager, se releva tout meurtri, contusionné, mais, en somme, sain et sauf.
Son sauveur était un jeune homme, autant qu’on pouvait en juger, dans les ténèbres, à sa taille et à sa tournure.
L’oncle Antoine se précipita vers lui, les mains ouvertes et pénétré de reconnaissance... mais soudain il recula d’un pas et comme saisi de vertige, car son sauveur lui disait:
—Vous l’échappez belle, monsieur le chevalier de Vieux-Loup.
Cette voix, l’oncle Antoine la connaissait trop bien; c’était celle de Dragonne, de Dragonne qui venait de quitter Gaston et traversait la route au moment même où le chevalier se trouvait en si grand péril de mort.
—Cornes du diable! s’écria-t-il, suis-je donc assez malheureux pour devoir la vie à un Lancy en jupons?
—Bah! répondit Dragonne, je ne vous demande aucune reconnaissance.
—Corbleu! ma petite, il n’est pas moins vrai que sans vous...