—Dame! vous étiez mort avant dix minutes.

—Ah! maudite pouliche... Si encore vous ne m’aviez pas reconnu... si j’étais bien sûr que vous ne saviez pas... mais je criais...

—Alors même que vous n’eussiez pas crié, monsieur le chevalier, je vous aurais bien reconnu tout de suite... à votre gros ventre!

Et Dragonne s’éloigna en riant.

—Cornes de cerf! cornes du diable! jurait le chevalier, et dire que c’est ce démon de Dragonne qui me sauve... Ah! je ne me le pardonnerai de ma vie... Maintenant ces gens-là vont le publier partout, et ils auront le beau rôle... J’en rougis d’indignation!

Et l’honnête chevalier reprit en maugréant le chemin de la Châtaigneraie, regrettant jusqu’à un certain point de n’être pas mort.

Il eut grand’peine, tant il était bouleversé, à gravir les hauteurs de la Châtaigneraie pédestrement, car il ne se fiait plus à la maudite pouliche.

L’oncle Joseph et Mignonne étaient couchés; il était trop honteux de sa double mésaventure pour éprouver quelque besoin de la conter; aussi, après avoir attaché la pouliche au râtelier, gagna-t-il son lit en trébuchant et sans songer même à se procurer une lampe.

Il se coucha sans lumière, et, le vin aidant, dormit jusqu’au lendemain neuf heures, le moment où les valets de ferme de la Châtaigneraie se réunissaient dans la vaste cuisine de la tour pour prendre le repas du matin.

L’honnête chevalier de Vieux-Loup avait fait les plus mauvais rêves. Dragonne de Lancy avait tourmenté son sommeil sous toutes les formes et dans toutes les attitudes; il avait essuyé dans son rêve plus d’un coup de fusil à gros sel, plus d’un coup de pierre bien ajusté.