En s’éveillant et se frottant les yeux, l’excellent homme se souvint du péril qu’il avait couru, de son ivresse, et surtout de sa libératrice. Un soupir rempli d’angoisses s’exhala de sa poitrine, et il quitta sa chambre honteux et triste comme ce renard pris par une poule, dont parle le bon La Fontaine.

L’oncle Joseph, lorsque son frère apparut sur le seuil de la cuisine, était assis dans son grand fauteuil, et son visage renfrogné disait éloquemment qu’il savait déjà une partie de l’équipée nocturne de M. le chevalier de Vieux-Loup.

—Ah! vous voilà, monsieur mon cadet, dit-il avec humeur; vous dormez bien le lendemain d’un voyage.

—Quelle heure est-il donc, mon frère? demanda l’oncle Antoine avec la timidité d’un enfant sévèrement admonesté par un grand parent.

—Neuf heures, mon frère.

—Je suis rentré tard, balbutia le chevalier.

—Pourtant, ricana l’oncle Joseph, la pouliche que vous avez achetée me paraît avoir la jambe grêle et le jarret solide.

—Ah! vous... l’avez vue? fit l’oncle Antoine, qui se prit à rougir comme une belle fille, malgré ses soixante ans révolus.

—Pardienne! ricana le baron, je lui ai même enlevé la selle qu’elle avait sous le ventre, au lieu de la porter sur le dos... Est-ce une façon à vous de monter à cheval, monsieur mon cadet?

—La maudite bête, balbutia l’oncle Antoine, a failli me tuer.