—A qui la faute, monsieur? Jean le sarcleur ne vous avait-il pas prévenu?... Mais, poursuivit le baron de Vieux-Loup, les jeunes gens ne doutent de rien; les chemins pierreux, la nuit, une bête affolée, qu’est-ce que cela? Ils vont toujours, quitte à arriver en mille morceaux.
—Ah! soupira l’oncle Antoine, c’est un coup de la Providence que je sois encore de ce monde, ou plutôt...
L’oncle Antoine se souvint de Dragonne, et se troubla tellement, qu’il balbutia, puis s’arrêta net. Il était si ému, le digne homme, que vainement on lui eût demandé la suite de ces belles histoires qui charmaient les veillées de la cuisine.
—Corbleu! monsieur, s’écria sévèrement M. le baron de Vieux-Loup, que vous est-il advenu de si terrible que vous vous arrêtiez court comme un bidet qui s’épouvante?
—J’en mourrai de honte, grommela l’oncle Antoine.
—Mais enfin...
—Eh bien! mon frère, répondit le bon chevalier qui fit un stoïque effort... eh bien! nous sommes déshonorés à tout jamais.
—Que voulez-vous dire, monsieur mon cadet? exclama l’oncle Joseph qui fit un soubresaut sur son siége.
—Je veux dire que moi, Antoine de Vieux-Loup de la Châtaigneraie, murmura piteusement le chevalier, je suis encore de ce monde parce qu’il existe des Lancy en Morvan.
La stupéfaction de l’oncle et des valets se trouva portée à son comble par ces derniers mots, et, cependant nul n’osa interroger le chevalier, tant il était pâle et confus.