Il eut la force enfin de raconter d’une voix entrecoupée sa terrible aventure et comment il devait la vie à Dragonne. On l’écouta avec une sourde colère, car à la Châtaigneraie on détestait les Lancy autant que, à la Fauconnière, on abhorrait les Vieux-Loup. L’oncle Joseph cachait sa tête dans ses mains avec une douloureuse indignation.
—Cornes du diable! s’écria-t-il tout à coup, cette race maudite nous poursuivra donc partout et à toute heure!... Ah! j’ai le mot de l’énigme à présent... Les Lancy recherchent notre alliance.
—Ventre de daim! exclama l’oncle Antoine à son tour, que voulez-vous dire aussi, monsieur mon aîné?
—Mignonne... murmura l’oncle Joseph.
M. le chevalier de Vieux-Loup était si troublé en pénétrant dans la cuisine, qu’il n’avait pas songé à demander où était Mignonne, et Mignonne, en effet, était absente.
—Mignonne! fit l’oncle Antoine, où donc est-elle?
—Dans sa chambre.
—Et pourquoi ne vient-elle pas déjeuner, cette petite?
—Parce qu’elle n’a pas faim.
—Hein! fit le digne chevalier, qui ne comprenait pas qu’on n’eût pas faim à seize ans.