—Elle n’a pas faim, murmura tristement le baron, parce qu’elle pleure.
—Elle pleure! exclama le cadet des Vieux-Loup... elle pleure!... Et pourquoi pleure-t-elle, monsieur mon aîné?
L’oncle Joseph haussa les épaules.
—Dites-moi donc, fit-il dédaigneusement, vous qui avez lu tant de livres où il est parlé des femmes, dans quelle circonstance il est possible de savoir ce que les femmes pensent et ce qu’elles éprouvent?...
—Mais enfin... elle ne pleure pas... sans raison?
—Non, certes; seulement elle ne veut point dire pourquoi. Je l’ai vainement questionnée pendant une heure, priant, caressant, grondant, la prenant sur mes genoux et l’appelant «ma chère petite belle,» ou la repoussant avec colère, et lui disant: «Allez vous cacher, vilaine sotte!» tout a été inutile. Elle se contentait de me répondre: «Je pleure, parce que je suis malheureuse!...»
—Elle est folle! murmura le chevalier de Vieux-Loup.
—Folle!... non, répondit l’oncle Joseph avec irritation; mais elle a été enjôlée par ce drôle d’Albert. Oh! les Lancy!... les Lancy!... quelle race maudite!...
—Cornes du diable! monsieur mon aîné, s’écria l’oncle Antoine, êtes-vous bien sûr de ce que vous dites là?
—Si j’en suis sûr, ventre de daim! riposta le baron; mais comment donc expliquer ces larmes?... Pourquoi pleure-t-elle?... Ne savez-vous pas qu’Albert et elle se sont rencontrés souvent? Qu’avant-hier encore...