—Cornes du diable! répond le vieillard, comment ne m’en souviendrais-je, madame ma nièce? j’en porte les marques.
Et M. le baron de Vieux-Loup de la Châtaigneraie met un baiser au front de l’amazone, devenue la plus séduisante, la plus rêveuse de nos femmes du monde, et qui n’a conservé de Dragonne la chasseresse que cet amour ardent et profond qui naquit un soir dans les bois, entre les deux couplets d’une fanfare, et dont elle enveloppe toujours son Gaston bien-aimé, auquel parfois elle répète sur son piano:
Holà! sus, Fanfare et Bellone,
L’aube luit,
Et ma bonne trompe résonne
Avec bruit.
Je vais vous découpler, mes belles,
Il le faut;
Le cerf en verra de cruelles...
Tayaut!
LES PRÉTENDUS DE LA MEUNIÈRE
CONTE RUSTIQUE
Le père de Clément était un bon fermier du Nivernais, le plus riche de son village, qu’on appelait La Bastie; il possédait une métairie adossée à un coteau boisé, de bonnes prairies d’un rapport sûr, des champs bien cultivés et quelques arpents de bois qui supportaient fort gaillardement une coupe décennale, et repoussaient à merveille, ensuite, en baliveaux droits et noueux.
A la métairie on engraissait des bœufs; deux vaches suffisaient au laitage, et les valets de ferme qui avaient eu la fantaisie de changer de maître revenaient bien vite au premier, car il était indulgent et facile entre tous.
Le père de Clément était un brave homme de cinquante ans, au teint fleuri, à l’œil fin, à la lèvre souriante et bonne, au sens droit. Sans être âpre, il comptait; il n’était pas avare; mais il faisait ses affaires. On l’aimait à La Bastie, parce qu’il était charitable; les paysans en querelle le prenaient volontiers pour arbitre, et ses jugements étaient sans appel.