—Quatre heures encore! murmura le chevalier, et l’on m’attend là-bas, car ma place est dans les rangs de l’armée du roi.

—Si monsieur le chevalier voulait écouter mon conseil, dit le valet dont la voix était dominée par une intraduisible émotion, il essayerait de dormir et s’allongerait sur ce grabat. Monsieur le chevalier ne s’est pas couché depuis bientôt trois jours, et il doit être brisé. Kervan et moi nous veillerons sur le repos de monsieur le chevalier, et nous le ferons relever aussitôt que le lougre anglais sera près des côtes.

—Soit, répondit le chevalier; pour être fort il faut dormir, et j’ai besoin de toutes mes forces car j’ai encore à faire un long voyage.

Il s’allongea sur une méchante paillasse placée dans un coin de la hutte, et peu après on entendit résonner cette respiration bruyante qui n’appartient qu’à la jeunesse lorsqu’elle dort de son calme et pesant sommeil.

Celui qui eût surpris alors l’éclair de sombre joie qui brilla dans l’œil de Baptiste en eût été épouvanté; un rire silencieux et terrible glissa sur ses lèvres et mit à nu ses dents aiguës et blanches qui trahissaient l’origine méridionale.

Il ouvrit la porte de la hutte, fit un signe discret au pêcheur et se dirigea vers la grève, où la lame rugissait et se couronnait d’écume en galopant sur le galet.

Le pêcheur le suivit sans trop savoir de quoi il était question, et tous deux s’arrêtèrent à vingt pas de la cabane et se regardèrent, l’un avec curiosité, l’autre avec une expression subite de résolution et d’audace qui fit reculer d’un pas le robuste pêcheur.

—Dites donc, l’ami, fit alors Baptiste à mi-voix, M. le chevalier vous a promis cinq louis pour le conduire dans votre canot jusqu’au lougre?

—Oui, dit le pêcheur, ce n’est pas trop, car je joue ma tête chaque jour à passer des émigrés.

—Croyez-vous en Dieu?