—Ils verrouillent toutes les portes et chargent tous leurs fusils.

—Ah! dit insoucieusement Gaston. Et il parla d’autre chose.

Ils arrivèrent à la porte du pavillon, où le jardinier de la Fauconnière les avait précédés.

Ce pavillon, d’une exiguïté remarquable, formait un assez joli logis de garçon, et sa position isolée, au bord d’un torrent, à la lisière d’un bois, en faisait une retraite charmante pour un chasseur, un rêveur ou un poète.

Dragonne aida le jardinier à le décorer et à le meubler; elle y mit un soin minutieux qui charma Gaston, et en moins d’une heure le pavillon fut habitable.

—Voilà votre logis, lui dit-elle; comme vous n’y viendrez que pour vous coucher, vous vous apercevrez moins de sa nudité. Maintenant, retournons à la Fauconnière, où vous passerez la journée; demain nous attaquerons le sanglier. A propos, ce sanglier que j’ai en vue est une laie ornée de marcassins.

—Bravo! répondit Gaston, qui arrêtait tout un plan de conduite pour le lendemain et les jours suivants.

A neuf heures du soir, Gaston quitta la Fauconnière et descendit au pavillon. Il faisait un clair de lune magnifique, et il avait refusé qu’on l’accompagnât. Ce pavillon avait deux portes: l’une au nord, qui donnait sur la forêt de châtaigniers et au seuil de laquelle passait le chemin qui conduisait au manoir des Vieux-Loups; l’autre au sud, et qu’on pouvait apercevoir des fenêtres de la Fauconnière. Gaston pénétra par celle-ci dans sa nouvelle demeure, alluma une lampe qu’il approcha de la croisée de sa chambre, croisée exposée au sud, afin que sa clarté donnât à penser aux hôtes de la Fauconnière qu’il allait se mettre au lit; puis il mit dans sa poche ses pistolets et un poignard italien, et sortant du pavillon par la porte du nord, il prit le chemin de la Châtaigneraie, se disant:

—Allons voir mes oncles, il faut que je les fasse, à leur insu, les complices de mon amour...

IV