—Que faut-il faire? demanda-t-il.

—Presque rien, répondit Baptiste. Vous voyez cette futaille.

Et du geste il indiquait un tonneau qu’un navire trop lesté avait jeté à la mer par le gros temps et qui s’était crevassé en se heurtant aux rocs de la grève, poussé qu’il était par les lames en fureur.

—Prenez-la, ajouta Baptiste, et suivez-moi.

Le pêcheur s’empara de la futaille et la souleva dans ses bras robustes, malgré son poids et sa dimension; puis, sur un signe du valet, il la déposa à l’entrée de la hutte.

Le chevalier dormait toujours; Baptiste n’avait point remis à sa ceinture ce pistolet qui lui assurait la complicité du père Kervan: c’était le nom du pêcheur.

—Maintenant, continua le laquais à voix basse, cherchez des cordes, et, si vous n’en avez pas, prenez du fil de caret. Très-bien. Voici mon mouchoir, vous allez saisir le chevalier à la gorge et vous le bâillonnerez.

Le père Kervan tremblait de tous ses membres, car il commençait à comprendre; mais il voyait le canon du pistolet à la hauteur de sa tempe, et il se résigna à obéir.

Le chevalier, éveillé en sursaut par la brusque pression des mains du pêcheur qui étreignirent son cou comme un étau, ouvrit les yeux et voulut crier, mais il fut bâillonné sur-le-champ; il essaya de se débattre et de renverser son agresseur, mais Kervan lui appuya son genou sur la poitrine et le garrotta en un tour de main, et si solidement, qu’il lui fut impossible de faire un mouvement.

Baptiste assistait à cette étrange exécution avec un horrible sang-froid et supportait avec calme le regard indigné de son maître, dont le geste et la voix étaient complétement paralysés.