Elle avait déjà renvoyé le jardinier.

Le bois des Verrières se trouvait en amont de la vallée et du torrent de Nevers; pour y arriver, il fallait côtoyer pendant quelque temps le bois de châtaigniers auquel le manoir des barons de Vieux-Loup avait emprunté son nom, et traverser ensuite le torrent sur un pont formé par un tronc d’arbre, au bout duquel s’ouvrait une vallée plus étroite et plus sauvage, dont les deux revers formaient le bois des Verrières.

Au moment où les deux jeunes gens quittaient le pavillon, une teinte opale irisait légèrement le ciel à l’horizon oriental; une clarté blanche et mate glissait au sommet des montagnes, tandis que les bois et les vallons, encore plongés dans les ténèbres, ne jouissaient d’autre clarté que de ce crépuscule vague et sans rayon qui se dégage, en rase campagne, des émanations phosphorescentes de la terre et parvient à percer la nuit la plus obscure.

Dragonne cheminait la première avec cette assurance du montagnard et du chasseur qui se soucient peu des cailloux, des précipices et des ronces; elle guidait Gaston et fredonnait un air de chasse, au lieu de continuer l’entretien.

Pourquoi?

C’est que Dragonne, malgré son éducation virile, ressentait à un haut degré ces instincts de pudeur alarmée et de timidité naïve qui s’emparent de la femme à certains moments, surtout lorsqu’elle est seule en un lieu isolé avec l’homme qui commence à ne lui être plus indifférent.

Lorsqu’elle s’était trouvée seule, cheminant par la nuit et les sentiers avec Gaston, Dragonne avait éprouvé tout à coup comme une vague appréhension, une sorte de crainte d’elle-même et de lui, qu’elle ne pouvait s’expliquer; c’est pourquoi elle passa devant, et, au lieu de causer, fredonna, d’une voix légèrement émue, le premier couplet de la fanfare qui, l’avant-veille, lui avait servi de ralliement avec Gaston.

—Mademoiselle, lui dit celui-ci, non moins ému, non moins troublé que la chasseresse, je réclame une faveur.

Dragonne se retourna.

—Vous plairait-il de me faire porter votre carnassière?