—Pourquoi cela?
—Pour vous alléger.
—Elle est vide.
—Et votre fusil?
—Encore moins, monsieur; un chasseur ne se sépare jamais de ses armes.
—C’est que, dit Gaston, c’est lourd à porter, et nous ne chassons pas encore.
—Merci de votre galanterie, répondit Dragonne, mais je vous refuse. Avant-hier, j’ai eu un moment de faiblesse et me suis trop souvenue que j’étais mademoiselle de Lancy; mais aujourd’hui que nous allons attaquer l’hôte le plus redoutable de nos forêts, je veux être courageuse et forte. Et Dragonne s’élança d’un pas léger sur le tronc de sapin jeté sur le torrent et qui servait de point de jonction aux deux côtés de la vallée.
La clarté première de l’aube descendait insensiblement de la cime des montagnes; à mesure que l’ombre s’effaçait, que les étoiles pâlissaient au ciel, que, dans le lointain, s’éveillaient une à une ces mille voix des champs, dont les murmures réunis renferment une harmonie mystérieuse et vague, et impriment à la nature ce cachet de poésie grandiose et sublime qui n’appartient qu’aux œuvres de Dieu, Dragonne sentait renaître peu à peu cette confiance en elle-même, cette énergie que la femme puise en la pureté de son cœur, et qui, un moment, avait failli l’abandonner.
Lorsqu’ils se trouvèrent à l’entrée de cette vallée sauvage dont les chênes séculaires formaient le bois des Verrières et recélaient le fort de la bête rousse, la jeune fille se retourna vers Gaston.
—Vous allez me faire une promesse, lui dit-elle.