—D’accord, mais vous l’êtes.
—Où voulez-vous en venir?
—A ceci, qu’en toute circonstance le premier péril revient de droit à l’homme.
—Une fois n’est pas coutume; pour aujourd’hui, ce sera le droit de la femme. Tout ce que je puis vous permettre, c’est de venir à mon secours, si je suis en cas de male mort.
—Vous voulez donc que je me déshonore.
—Mon Dieu!... fit Dragonne froidement, les histoires des temps passés sont pleines de châtelains qui se damnaient à cœur joie pour les beaux yeux d’une comtesse ou d’une baronne.
—Oui, dit Gaston qui saisit au vol cette faute légère de la jeune fille; mais aussi la baronne ou la comtesse en question les aimait.
Dragonne rougit, et son cœur se prit à battre avec effroi; cependant elle répondit en riant, et tempérant son sourire par un accent boudeur où perçait le reproche:
—Mon cher monsieur de Launay, allons-nous donc faire un madrigal au lieu de songer à notre chasse?
Gaston se tut, et il éprouva en même temps comme une sensation d’ivresse inconnue. Il devina que Dragonne avait peur, et, si elle avait peur, c’est qu’elle se défiait déjà d’elle-même... c’est qu’elle pourrait bien l’aimer...