—Faites.
—Je vous disais donc que le jeu n’en valait pas la chandelle, lorsqu’on avait vingt ans, comme vous, qu’on était fille adorée de sa famille, et qu’on avait à jouer dans le monde le rôle d’une femme spirituelle et charmante, ce qui vaut mieux, assurément, que le rôle d’une amazone qui dépense son courage et risque sa vie pour le plaisir stérile d’assassiner une bête stupide et féroce.
Dragonne se mordit les lèvres et fit un mouvement d’impatience.
—Attendez, poursuivit Gaston. Cependant, je comprends jusqu’à un certain point une pareille fantaisie. Mais ce que je ne comprends pas, ce que je ne puis admettre, c’est que la femme que séduit une telle aventure se laisse accompagner par un jeune homme, fort, qui n’a point le droit d’être lâche, à qui son sexe même réserve la première place devant le péril, et qu’elle dise à cet homme: «Vous allez me suivre; vous assisterez à la lutte, mais vous n’y prendrez aucune part.»
—Ah! fit Dragonne un peu confuse.
—Il me semble, reprit Gaston, qu’il serait beaucoup plus raisonnable que je fisse le premier pas.
—Et s’il n’y en a pas de second, riposta Dragonne, quel sera encore mon rôle?
—Pardon, observa Gaston, le sanglier peut me découdre, et alors...
—Ah! oui, fit Dragonne avec une moue charmante; quand vous serez à terre, sanglant, mort peut-être, alors, moi, je serai chargée de vous venger... Eh bien! je ne veux, point cela, monsieur; je suis femme, j’ai le droit d’ordonner, vous devez m’obéir.
—Je vous ferai respectueusement observer, mademoiselle, que mon devoir de galant homme est de m’y refuser.