Elle fut pensive durant la route, moins occupée peut-être de l’accident qui venait de lui arriver que d’une souffrance inconnue dont il lui était encore impossible de déterminer la cause.
Gaston lui-même était devenu tout rêveur, et s’il est vrai que l’amour s’accroît des sacrifices qu’on lui fait, bien certainement celui qu’il éprouvait pour Dragonne se trouvait grandi de tout le dévouement dont il venait de lui donner des preuves.
Ils échangèrent quelques mots à peine en chemin. Dragonne rêvait toujours, les yeux baissés, et soupirait parfois. Gaston songeait, avec une sorte de terreur, au danger qu’elle venait de courir.
Ils arrivèrent ainsi au château, et à la porte Dragonne s’arrêta et dit à Gaston:
—Savez-vous que je suis réellement bien honteuse?
—Pourquoi?
—Parce qu’au lieu d’une victoire, j’ai à annoncer une défaite.
—Qui vaut mieux qu’une victoire, mademoiselle.
—C’est-à-dire que c’est une leçon, fit-elle avec quelque dépit.
—Non pas; mais je veux dire qu’elle m’a prouvé combien l’homme doit être fier d’avoir un peu de courage et de présence d’esprit, puisqu’il m’a été permis de vous sauver.