—Ce n’est rien, dit-elle en souriant, j’en suis quitte pour une égratignure.

Le marquis et sa femme, à la vue de ce sang, avaient pâli tous les deux.

—Mon Dieu! s’écrièrent-ils en même temps, qu’est-il donc arrivé?...

—Il est arrivé, répondit mademoiselle de Lancy avec gravité, qu’il faut remercier Dieu et M. de Launay, car j’ai failli mourir.

Et Dragonne, oubliant ou feignant d’oublier que Gaston s’était chargé de tout expliquer, raconta franchement et dans leur effrayante simplicité tous les détails de cette matinée périlleuse, et lorsqu’elle eut fini, le marquis et la marquise, encore frissonnants, tendirent d’un commun élan leurs mains à Gaston, que cette effluve de gratitude toucha jusqu’aux larmes.

Puis on s’occupa de Dragonne.

Son bras fut de nouveau mis à nu: sa blessure, sondée minutieusement par le jardinier, qui avait quelques connaissances en chirurgie, fut reconnue peu grave. Cependant il fut décidé qu’elle se mettrait au lit et le garderait pour un jour ou deux.

Gaston s’installa à son chevet avec le reste de la famille.

Dragonne continua à être rêveuse et triste; puis, vers le soir, la douleur qu’elle ressentait à son bras devint plus aiguë, un peu de fièvre se déclara. On jugea prudent de ne point la faire parler davantage.

La marquise seule demeura au chevet de sa fille, et tout le monde se retira.