Au moment où Gaston sortait, Dragonne lui tendit sa belle main.

—A demain, lui dite-elle; vous viendrez de bonne heure, n’est-ce pas?... Vous me lirez quelque chose, une page de Lamartine ou de Sandeau, mes poètes favoris.

—Oui, répondit Gaston en baisant cette main qu’on lui abandonnait.

A neuf heures, Gaston quitta la Fauconnière pour se rendre à la Châtaigneraie. A la façon affectueuse dont on lui avait dit au revoir, le jeune homme comprit que cette maison lui était ouverte, et que, sans ce nom maudit qu’il portait, rien ne pourrait lui être plus facile que de faire bientôt partie intégrante de la famille.

Mais Gaston croyait à sa destinée, et il avait bon courage, car, il le sentait, si elle ne l’aimait déjà, Dragonne l’aimerait bientôt.

DEUXIÈME PARTIE
UN MESSAGE D’OUTRE TOMBE

I

Gaston ne s’arrêta pas au pavillon; il y alluma simplement sa lampe et monta à la Châtaigneraie.

La nuit était obscure et le ciel nuageux; il n’avait donc à prendre aucune précaution. D’ailleurs Dragonne était au lit, et quelle autre qu’elle, pensait-il, pouvait avoir quelque intérêt à épier ses démarches?

Au moment où il atteignait le fossé qui ceignait le vieux manoir, Gaston regarda sa montre, en s’aidant de la clarté de son cigare.