—Oh! fit la marquise, si j'avais su que mon mari n'y viendrait pas...

—Rentrez à votre hôtel et priez...

La marquise devint affreusement pâle...

—Mon Dieu! dit-elle.

—Rentrez, madame, acheva Tony, et priez Dieu... Il est miséricordieux et il protège les faibles contre les forts, les bons contre les méchants.

La marquise, éperdue, fixa longtemps ses regards sur les yeux clairs et profonds du jeune homme et n'osa point l'interroger.

—Réjane, dit-elle à sa soeur, viens.

Elle fut forcée de l'appeler une seconde fois. Celle-ci, qui semblait plongée dans un rêve, n'avait rien entendu. C'est que la jeune enfant, depuis une heure, avait, elle aussi, son secret.

Nous avons peu parlé d'elle. Pourquoi? Parce qu'on parle mal des anges. Sur terre, un ange ne fait pas de bruit; il aime dans la paix et ne songe qu'au bonheur tranquille de ceux qui l'entourent. Or Réjane était vraiment angélique.

Restée au couvent jusqu'au mariage de sa soeur, elle en avait été retirée par la marquise, quelques jours après l'installation définitive de celle-ci à Paris. A l'hôtel de Vilers, c'était Réjane qui, sans qu'on le lui eût jamais demandé, veillait à ce que tous les ordres donnés par sa soeur ou par son beau-frère fussent toujours strictement exécutés. Elle avait étudié leurs petites habitudes et ne laissait en aucun temps rien à souhaiter au marquis ou à la marquise.