C'était un homme d'une équité sévère et qui n'avait ni l'âpreté, ni la verve inquisitionnelles de son prédécesseur, M. Hérault, celui que le fameux voleur Poulailler attacha un jour dans son propre cabinet, en dépit des gardes et des agents.
M. de Marville, au contraire, s'appliqua à rendre ses fonctions utiles à tout le monde, aux petits comme aux grands, aux pauvres comme aux riches, et il révoqua plusieurs agents qui, dans leur habitude d'omnipotence, avaient abusé de leurs fonctions.
Dans la célèbre affaire de la tragédie de Mahomet, il n'hésita pas à faire, auprès de Voltaire, une démarche personnelle qui eut le meilleur résultat.
Tel était l'homme qu'allait voir M. de Lavenay.
Malgré l'heure avancée et bien qu'il travaillât avec ses secrétaires à des règlements sur les jeux publics, très difficiles à réprimer, M. de Marville n'hésita pas à recevoir le gentilhomme, dont le nom lui était fort connu.
Lavenay lui raconta l'enlèvement, sans dire quelle part ses amis et lui avaient eu l'intention d'y prendre.
Tout au contraire, il donna comme motif de sa démarche la vieille amitié qui l'unissait au marquis de Vilers?
M. de Marville l'écoutait avec attention.
A la fin, il demanda, tout en fixant sur Lavenay ses yeux de lieutenant de police:
—Mais que faisait donc pendant ce temps-là le marquis de Vilers?