—Je suis officier et je vais me battre pour vous dans les Flandres, reprit le cavalier. Je me suis égaré dans vos satanés chemins, et du diable si je sais où je me trouve... Mais, il ne s'agit pas de cela. Avez-vous un coin pour loger mon cheval, une bête de mille pistoles qui est en train de prendre froid?

—Mon gentilhomme, si vous voulez bien, je mènerai moi-même en personne vot'cheval à l'écurie, s'écria l'hôtelier et je vous assure, foi de Garrigou, qu'il y sera mieux qu'à l'Aigle noir ou aux Armes de Picardie, à Noyon.

—Quant à moi, une place auprès du feu, une moitié de poulet et deux oeufs me suffiront—à la condition toutefois que vous ayez du vin?...

—Je crois bien, et d'excellent, mon officier. Il y a plus de dix ans qu'on n'y a mie seulement touché. Vous ne trouverez pas dans toute la contrée un seul cabaretier qui puisse se targuer d'avoir de meilleur vin que maître Garrigou de Chante-Caille.

—En tout cas, il ne doit pas y en avoir qui sache mieux vanter sa marchandise, dit en souriant le voyageur, qui alla s'asseoir au coin du feu et étendit vers les tisons son feutre et ses grosses bottes.

Il y eut un instant de silence, motivé par la présence de l'étranger.

Puis les paysans s'enhardissant reprirent leur conversation interrompue.

—Et tu dis, Jean, demanda l'un d'eux, que le château est habité?

—Oui, par le vieux seigneur qui est revenu.

—Il y avait longtemps qu'il n'avait pas mis les pieds par ici?