—Tu vois bien, ma pauvre Haydée, dit-il en la tutoyant pour la première fois, tu vois bien que tu aurais mieux fait de consentir. Ah! tu seras à moi maintenant... bien à moi!...
Il lui prit la main. Vainement elle tenta de le repousser.
—Ah! tu ne te doutes pas, continua-t-il en lui enlaçant la taille de ses bras avides, ah! tu ne peux avoir une idée de ce qu'est l'amour à mon âge... Tu ne sais pas quelle lave, à ta seule vue circule dans mes veines; tu ne sais pas quelle tempête s'agite dans mon coeur... Haydée, personne,—personne, entends-tu,—de tous ces jeunes gens qui se disputaient un regard de toi, ne l'a mérité par un amour semblable, comparable à celui qui me dévore!...
Et, le visage cramoisi, les lèvres humides, les yeux saillants à faire croire qu'ils allaient jaillir de leur orbite, les veines du cou gonflées, le vieillard se penchait de plus en plus sur la jeune femme défaillante, qui n'avait plus la force de se reculer pour éviter la souillure de ce contact.
—Haydée, murmura encore le comte, Haydée, tu vas être enfin à moi! à moi!... personne ne peut t'arracher de mes bras!...
Il se pencha sur elle. Ses lèvres touchaient presque les lèvres de la malheureuse femme...
Une minute encore... et elle allait être à lui quand un coup de sonnette retentit dans la chambre du comte. Le vieillard bondit.
—Qui donc, s'écria-t-il, qui donc ose enfreindre mes ordres et entrer dans le château sans que je sois prévenu?
Il s'élança vers le grand vestibule et se trouva en face d'une jeune fille.
C'était Réjane, la soeur de la marquise, qui arrivait de Paris.