C'était un grand bahut de la Renaissance, à ferrures de cuivre, pourvu d'une fine serrure tréflée, comme on en fabriquait depuis peu.

Il prit la clef qu'il avait trouvée sur le marquis et la mit dans la serrure.

La clef entra, tourna deux fois et le bahut s'ouvrit.

Tony vit alors un joli coffret d'ébène sculpté, après lequel se trouvait une clef.

Il se hâta de l'ouvrir, moins par un sentiment de curiosité que dans le but de trouver dedans un indice quelconque qui pût le mettre sur la trace du destinataire, de ce baron dont le nom avait expiré sur les lèvres du marquis mourant.

A la grande surprise du jeune homme, le coffret ne renfermait qu'un cahier de parchemin, couvert d'une grosse écriture, et une lettre.

La lettre n'était point cachetée et portait cette inscription:

Au baron de C... on à celui qui trouvera ce coffret.

Tony, que cette initiale ne renseignait pas beaucoup, prit le parti d'ouvrir la lettre et lut:

«Mon cher ami,

»Je puis mourir demain. L'artilleur qui met le feu à une pièce de canon fêlée, le mineur qui travaille sous terre, le pêcheur assailli loin de la côte par une tempête, sont moins près de la mort que moi. Un poignard menace ma poitrine à toute heure; j'ai, comme Damoclès, une épée suspendue sur ma tête, et j'écris ces lignes en prévision de quelque catastrophe.

»Toi ou celui qui lira le cahier ci-joint, où je raconte l'histoire étrange de mon existence, vous me vengerez, si je meurs!...

»Marquis DE VILERS.»