—Dame, mon colonel, puisque j'ai juré au marquis de Vilers mourant de le venger et de protéger sa veuve, il faut bien que j'accomplisse mon serment.

—Tu te feras massacrer, malheureux enfant!...

—Bah! mon colonel, est-ce qu'un garde-française doit craindre la mort?

—La mort en face, devant l'ennemi, pour son drapeau et pour la France, non, celle-là, on ne doit pas la craindre... Mais la mort par la main d'un lâche, d'un assassin, dans l'ombre, il faut la redouter. Et puis, mon ami, songe à ceux que tu aimes et que tu as laissés à Paris, attendant ton retour; car si j'ai bon souvenir, tu es allé embrasser quelqu'un avant ton départ, n'est-ce pas?

—Oui, mon colonel, mame Toinon.

—Et qu'est-ce que mame Toinon? Ta mère?

—Non, mon colonel. Certes, je l'aime autant que si j'étais son fils; car elle a fait autant pour moi que si elle avait été ma mère véritable...

—Et où est-elle, ta mère véritable?...

Tony haussa les épaules et répondit tristement:

—Je n'ai jamais connu mes parents...