—Il n'y a plus à faire les mystérieux maintenant. Allons au cimetière.
Il nous y conduit. Il ouvre la porte de la petite chapelle où on vous met, vous autres. Moi, je ferme avec soin la porte. M. Joseph nous fait descendre une dizaine de marches. Il y avait une petite lumière qui brillait dans le caveau. C'était lui-même qui l'allumait, le matin. Cette lumière-là tombait en plein sur une bière toute neuve, devant laquelle le pauvre M. Joseph s'agenouille et pleure...
La marquise, haletante, la bouche ouverte, les yeux hagards, ne pleurant plus maintenant, tant elle était anxieuse, semblait aspirer avec tout son être chacun des mots de la vivandière.
Maman Nicolo continuait:
—A la vue de cette bière-là je me tourne vers la petite et je lui dis:
—Bavette, ton père est là depuis hier. Ah! voilà-t'y pas que, en entendant cela, l'enfant devient folle. Elle se roule sur la bière. Et des cris! Je m'efforce de la calmer. Mais c'était une furie.
—Pauvre ange! fit la marquise en pressant contre son coeur la chère enfant. Tu seras ma fille, va.
—Dans notre métier, reprit maman Nicolo, on a toujours un couteau dans sa poche. Vous imagineriez-vous qu'elle a tiré le sien! Nous nous disions: «Oh! mon Dieu, elle est malade. Elle va se tuer!»
Et puis nous essayons de le lui arracher des mains. Je suis solide, n'est-ce pas? Je suis ce qu'on appelle une forte commère. Je n'aurais peur ni de La Rose, ni du Normand, ni de dix autres avec. Eh bien, à nous deux, M. Joseph et moi, nous n'avons jamais pu venir à bout de cette mâtine-là. Elle était en fer, quoi. Mais ce n'était pas à se tuer qu'elle pensait.
Tout à coup, elle se penche sur la bière. Elle entre son couteau sous le couvercle.