Il était charmant ainsi, plein d'une coquette crânerie, et bien des officiers brodés d'argent eussent envié la galante façon dont il portait son simple uniforme de drap blanc à revers bleus.
Mais tout en se tenant modestement à part, Tony observait ce qui se passait et surveillait surtout Maurevailles, Lacy et Lavenay qui venaient d'aller saluer le magnat et la marquise.
A la vue de Maurevailles, le magnat n'avait pu réprimer un froncement de sourcils involontaire, Haydée avait pâli, Réjane était devenue toute rose.
Tony seul remarqua cela.
—Hé! hé! se dit-il, aurais-je encore de la besogne cette nuit?
Et il se promit de surveiller, plus attentivement que jamais, les faits et gestes des Hommes Rouges.
Cependant, après les présentations d'usage, les officiers s'étaient dispersés à droite et à gauche, et formaient des groupes de causeurs. Il n'y avait pas là, malheureusement, comme à Fraülen, ces essaims de jeunes femmes qui donnaient aux fêtes tant d'attrait, mais le magnat allait de groupe en groupe, suivi de la marquise et de Réjane qui, faisant contre fortune bon coeur, distribuaient aux invités leurs plus gracieux sourires.
Tony remarqua même avec un certain étonnement que les yeux de Haydée brillaient d'une joie trop vive pour être factice. La veuve du marquis de Vilers était-elle déjà consolée?
Et Tony se sentit froid au coeur à cette pensée.
Les serviteurs muets du comte, revêtus de leurs costumes hongrois qui tranchaient nettement sur les uniformes français et donnaient à la fête un caractère particulier, faisaient circuler des rafraîchissements. Le jeune secrétaire du marquis de Langevin profita du moment où personne ne le regardait pour s'esquiver et se diriger du côté de la serre, où il avait vu Maurevailles, Lavenay et Lacy se rendre l'un après l'autre.