—Bah! il n'y aura pas d'alerte. Tout, pour le moment, doit se passer entre nous et les Hommes Rouges; ils sont trois, nous serons trois. La Justice est de notre côté. Dans une heure, la comtesse n'aura plus rien à craindre d'eux.
—Et si le cliquetis des armes attire l'attention des serviteurs du comte?...
—Qu'importe? La partie est engagée, il est trop tard pour reculer. Maman Nicolo, Bavette, une dernière poignée de main.
—Ah! jour de Dieu, mieux que cela, mon garçon, s'écria la cantinière. Laisse-moi t'embrasser, c'est de bon coeur, et embrasse aussi Bavette. Moi, sa mère, je t'y autorise...
Bavette tendit la joue, rouge comme une cerise.
En y appuyant ses lèvres, Tony éprouva une sensation étrange, qu'il ne connaissait pas encore. C'était son jeune sang qui affluait à son coeur.
Mais il secoua brusquement la tête, et courant de nouveau, rejoignit ses deux amis, La Rose et le Normand, qui l'attendaient dans la cour.
—Camarades, dit-il, il va falloir en découdre cette nuit. Ceux qui ont tué le capitaine de Vilers s'attaquent à sa veuve. Elle, nous la sauverons. Lui, il faut le venger.
—Il faut le venger! répéta le Normand.
—Et, sacredioux, tu peux compter sur nous pour cela, s'écria le Gascon. Mais où sont-ils, nos adversaires?