—Mais tu ne me reconnais donc pas, toi?
—Si, parbleu, vous êtes officier. Mais qu'importe? Ici, il n'y a plus ni officiers, ni soldats. Nous sommes deux hommes, dont l'un va tuer l'autre... Et l'autre, ce sera vous, car il faut que je venge la mort de mon brave capitaine.
Le Gascon n'était plus là, le Normand se rattrapait en parlant pour son propre compte.
Mais cela ne semblait point lui réussir, car il se tut brusquement.
Son épée, liée par celle de l'inconnu, venait de voler à dix pas.
Cependant l'homme, au lieu de frapper, le saisit par le bras et murmura un mot à son oreille.
—Vous! vous!! vous!!! s'écria par trois fois le garde-française abasourdi, vous, monsieur le...
—Chut, dit l'inconnu en l'embrassant. Il est des noms qu'il ne faut pas prononcer trop haut. Et, maintenant, mon brave, dis-moi, que faisais-tu-là?
—J'attendais trois hommes qui doivent passer par ici pour enlever de force la marquise de Vilers. En voyant le manteau qui vous enveloppe, je vous avais pris pour l'un d'eux.
—Eux, toujours eux! L'enlever! Je ne m'étais donc pas trompé! fit l'inconnu agité. Mais tu n'es pas seul?