—Et des paniers?

—Comme ça!...

Et mame Toinon arrondit ses deux bras en les éloignant le plus possible de son corps, de façon à témoigner de l'ampleur de ses futurs paniers.

Or mame Toinon était une jolie brune, accorte et souriante, qui n'avait guère plus de trente-quatre ans, en paraissait vingt-huit tous les soirs, et était la coqueluche de son quartier. Mame Toinon était veuve; elle n'avait pas d'enfant et n'avait pas voulu se remarier.

Mais elle avait trouvé un matin, sur le seuil de sa porte, un pauvre petit garçon de huit ans qui grelottait et pleurait, et elle l'avait recueilli.

L'enfant abandonné ne savait ni le nom de son père, ni celui de sa mère; il savait seulement qu'on l'appelait Tony.

Il paraissait avoir éprouvé un violent effroi qui lui avait fait perdre la mémoire.

Tout ce que mame Toinon en put tirer, c'est que des hommes masqués avaient voulu le tuer.

La costumière prit l'enfant chez elle et l'adopta.

A partir de ce moment, elle ne songea plus à se remarier, et les mauvaises langues de son quartier prétendirent que l'enfant recueilli était son fils, un péché mignon de première jeunesse dont le mari n'avait jamais rien su. Or, à l'époque où commence cette histoire, Tony avait à peine seize ans, mais il était grand et fort, admirablement bien pris et d'une charmante figure, pleine de malice et d'esprit.