Après quoi nous nous étions recouchés à plat ventre.

—Tenons conseil, dis-je alors.

—Voyons, me répondit-on.

—Il y a, autour du bastion, à cinquante pas de distance, un cordon d'Impériaux; mais il laisse passer les patrouilles des uhlans hongrois. Or vos manteaux sont maintenant aussi rouges que les leurs et comme on ne voit pas à cinquante pas de distance par le brouillard qu'il fait, on ne saura d'où nous venons. Partons.

Si aventureux que fût mon plan, il réussit.

Nous nous glissâmes hors du pavillon et nous nous mîmes à marcher résolument deux par deux.

—Qui vive! cria une sentinelle.

—Patrouille! répondis-je en hongrois, et nous fîmes trente pas en avant. Un pontonnier, qui travaillait dans une tranchée, souleva sa lanterne, et sa clarté se projeta un instant sur nos vêtements rouges. Les rangs des Impériaux s'ouvrirent... et nous passâmes. On nous avait pris pour des uhlans hongrois.

Dix minutes après, nous arrivâmes au camp français où on n'espérait plus nous revoir, et depuis lors, le surnom d'Hommes rouges nous est resté.

Or, ce fut à la fête, dont je parlais plus haut et que le riche magnat hongrois nous donna dans sa maison de campagne, que commença pour moi cette série d'événements que je vais retracer.