—Ils ont appris, je ne sais comment ni par qui, les secrets de cette demeure. Ils ont su que des couloirs, creusés dans les murs, donnaient accès dans cette pièce, et ils y ont pénétré nuitamment, comme des voleurs, comme des bandits, pour enlever l'aînée de mes filles...
—Ils ont enlevé la marquise! s'écria M. de Langevin, qui, involontairement, songea aux Hommes Rouges et aux craintes de Tony.
—Heureusement je veillais, continua le magnat. Mes gens étaient sur leurs gardes, et c'est dans le chemin même par où ils ont voulu me ravir mon bien le plus précieux que mes serviteurs poursuivent ces félons et leur font expier leur audace. C'est un acte de justice auquel, j'en ai l'espoir, votre loyauté bien connue vous empêchera de vous opposer!...
Le marquis à son tour se trouva plongé dans un grave embarras.
Quel que fût leur motif, ceux qui avaient ainsi profité de l'hospitalité du comte pour mettre leurs projets d'enlèvement à exécution, avaient commis un acte misérable, auquel il lui répugnait de s'associer, même par un simple mot d'excuse.
Mais, d'un autre côté, ces hommes étaient ses officiers, ses meilleurs peut-être: il en devait compte à la France. Et à la veille d'une guerre, il ne pouvait les laisser ainsi massacrer.
Au moins il voulut les connaître.
—Et quels sont, monsieur le comte, ceux qui, selon vous, se sont rendus coupables de cette infamie? demanda-t-il avec une froideur apparente.
—Je ne les connais pas.
—Alors, il faut que je les voie. Je veux moi-même faire justice d'eux.